L’Association des locataires de Bâle 1891 est solidaire des victimes de résiliations à Genève. En 2017, elle a remporté une victoire contre la même caisse de pension PKBS.
Bâle observe aussi avec une grande inquiétude les annonces de fin de bail prévues dans le quartier de la Jonction à Genève. Ce qu'inflige aux locataires du boulevard Carl-Vogt la Caisse de pension de Bâle-Ville (PKBS), propriétaire des immeubles en question, est considéré comme tout aussi répréhensible dans notre canton urbain. L'indignation est particulièrement forte parmi les employés du service public bâlois – notamment les transports publics, la police ou encore l'administration cantonale – dont les fonds de pension sont placés auprès de cette même caisse. « J'y vois un détournement de finalité lorsque mon argent de prévoyance sert à chasser des concitoyennes et concitoyens de leurs logements », se plaignent des citoyens.
Genève en 2026 rappelle Bâle en 2017
A Genève, la PKBS adopte un comportement similaire à celui qu'elle avait eu neuf ans plus tôt à la Mülhauserstrasse de Bâle. Là, une vingtaine de locataires, pour la plupart installés de longue date, avaient été sommés de quitter les lieux pour permettre une rénovation complète des immeubles. L'objectif réel ? Augmenter les loyers, tout particulièrement dans les étages supérieurs offrant une vue directe sur le Rhin. Ces évictions se basaient sur des raisons techniques. La PKBS évoquait notamment la nécessité de renforcer des mesures anti-sismiques. En 2017, une expertise succincte menée par un architecte indépendant était parvenue à des conclusions contraires : selon celle-ci, des mesures plus simples auraient suffi, et elles auraient été réalisables tant que les habitants se trouvaient encore dans les appartements.
Parallèles évidents
Les parallèles entre Rhin et Rhône sont évidents. Comme à Genève, la direction de la PKBS à Bâle n'avait pas parlé aux médias en 2017. Comme c'est le cas aujourd'hui avec la régie genevoise Naef : les déclarations du gestionnaire bâlois IBS n'avaient été que de simples paroles en l'air. A Bâle, un tournant est survenu lorsque, en janvier 2017, un grand rassemblement de protestation a poussé la PKBS à entamer des négociations avec l'Association des locataires de Bâle 1891 (section de l'ASLOCA Suisse). Le soutien aux locataires de longue date – des employés de l'Etat expulsés par leur propre caisse de pension dans un pur objectif de rendement – s'est étendu jusqu'à Berlin. Cette médiatisation est notamment due au courage d'une ancienne secrétaire de direction, Margrit Benninger, alors âgée de 92 ans, qui participait pour la première fois de sa vie à une manifestation. Le succès des négociations doit être souligné, du moins pour la poignée de locataires qui ont résisté jusqu'au bout. Ce combat a permis le déménagement temporaire des locataires dans des logements proches à loyer inchangé et un retour dans les appartements rénovés. Et les hausses de loyer ont été modérées. Grâce à cet élan de solidarité, ces locataires âgés ont pu continuer à vivre dans des logements abordables et la caisse de pension s'est faite discrète… à Bâle du moins.
Soutien bâlois à Genève
A Genève, c'est différent : en 2021, la PKBS a racheté pour un demi-milliard de francs plusieurs immeubles, notamment au boulevard Carl-Vogt. Le vendeur ? La Financière Arditi, fondée par le mécène éponyme, qui a vendu douze bâtiments à la Caisse de pension bâloise, dont les allées 35 à 43 du boulevard Carl-Vogt, acquises en 1999 pour 9,4 millions de francs, selon la Tribune de Genève. « La PKBS investit massivement dans la Cité de Calvin et attise ainsi le marché immobilier hors canton », a commenté la conseillère nationale bâloise Sarah Wyss (PS). Le député Ivo Balmer (PS) a exprimé un avis similaire. La directrice de l'Association des locataires de Bâle, Patrizia Bernasconi, également députée, a interpellé le gouvernement bâlois, recevant une réponse jugée « timorée ». La conseillère d'Etat socialiste Tanja Soland siège elle-même au conseil d'administration de la PKBS. Les deux députés cités plus haut ont appelé le gouvernement à repenser la collaboration avec cette caisse de pension et la régie Naef.
Beat Leuthardt
Responsable de la communication
ASLOCA Bâle