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Comme en Suisse, la ville et l’Etat de New York sont gravement touchés par la financiarisation du logement. Le mouvement Housing Justice for All mène la lutte.

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A plus de 6 000 kilomètres de distance, New York et les villes suisses vivent une réalité étonnamment semblable. A Genève, Zurich, Lausanne ou New York, les mêmes mécanismes produisent les mêmes effets: les loyers explosent, les ménages sont chassés de leurs quartiers. Le logement est traité comme un produit financier plutôt que comme un droit fondamental. Le dernier rapport officiel de la ville de New York est sans appel. Avec un taux de logements vacants de seulement 1,41%, la métropole connaît la plus grave pénurie de logements depuis plus d'un demi-siècle. Les appartements abordables ont pratiquement disparu et, lorsqu'un logement se libère, le nouveau loyer demandé est souvent deux fois plus élevé que celui payé par le locataire précédent. Cette crise est la conséquence d'une financiarisation du logement qui privilégie les rendements au détriment du droit de se loger.

Priorité au logement

Le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, a fait du logement la priorité absolue de son mandat. Son plan prévoit: la construction et la préservation de 400 000 logements abordables, un investissement public de 22 milliards de dollars, une lutte renforcée contre les propriétaires spéculateurs et une politique foncière plus offensive. Son message est clair: le marché ne résoudra pas, à lui seul, une crise qu'il a largement contribué à créer. Cette politique municipale trouve son prolongement au niveau de l'Etat de New York. Après avoir joué en 2019 un rôle central dans une grande réforme qui a renforcé la protection des locataires, le sénateur Brian Kavanagh, président de la Commission du logement, porte aujourd'hui, avec l'Assemblée de l'État, le Rent Emergency Stabilization for Tenants (REST) Act. Cette réforme permettrait à toutes les villes de l'Etat confrontées à une pénurie de logements d'instaurer un régime de régulation des loyers. L'idée est simple: lorsque le marché ne garantit plus le droit au logement, les pouvoirs publics doivent avoir les moyens d'intervenir.

Régulation des loyers

Aux côtés de Brian Kavanagh, la sénatrice Julia Salazar est devenue la figure emblématique du mouvement Housing Justice for All. Elle a joué un rôle déterminant dans l'adoption de la loi Good Cause Eviction, qui protège les locataires contre les congés sans motif valable et contre les hausses de loyer abusives destinées à les pousser dehors. Elle défend également le développement du logement social, l'extension de la régulation des loyers et la lutte contre la spéculation. Pour elle, le logement est un droit, pas une marchandise. Ces réformes répondent à un phénomène bien connu: la gentrification. À Brooklyn, Harlem ou dans le Bronx, des fonds d'investissement rachètent des immeubles, rénovent les appartements, augmentent fortement les loyers et remplacent progressivement les habitants de longue date par une population plus aisée. Derrière l'assainissement des immeubles se cache le plus souvent une logique d'éviction sociale. Les commerces populaires disparaissent, les familles modestes sont contraintes de partir et les investisseurs engrangent des profits considérables.

Comme en Suisse

Dans les grandes villes suisses aussi, les rénovations servent trop souvent de prétexte à des hausses massives de loyer. Les résiliations collectives se multiplient, les quartiers populaires changent de visage et les habitants sont repoussés vers les périphéries. Les immeubles deviennent des actifs financiers, les locataires, une variable d'ajustement destinée à maximiser les rendements. Des deux côtés de l'Atlantique, les défenseurs du statu quo tiennent le même discours: il suffirait de construire davantage. Bien sûr. Mais construire sans réguler revient à nourrir la spéculation. C'est pourquoi New York choisit une autre voie: construire, préserver le parc abordable, réguler les loyers et renforcer les droits des locataires. A New York comme en Suisse, les avancées ne reposent jamais sur une seule personnalité. Elles sont le fruit d'une alliance entre des élus courageux, des collectivités qui osent agir et un puissant mouvement de locataires et de l'ASLOCA. A l'exemple de Housing Justice for All.

Carlo Sommaruga
Président de l'ASLOCA Suisse

1 septembre 2026
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