La pénurie de logements s'aggrave et les loyers continuent d'augmenter.
L’Office fédéral de la statistique (OFS) a publié aujourd’hui les résultats du recensement des logements vacants de 2026. Le taux de logements vacants s’élève à 0,93 %. Il manque toujours des logements abordables pour les locataires disposant d’un revenu moyen. De nombreux bailleurs profitent de cette situation tendue pour exiger des loyers très élevés, qui dépassent largement les taux de rendement fixés par la loi. Quant aux logements neufs, ils sont proposés à des prix inabordables pour les ménages ordinaires. La charge financière pesant sur les ménages locataires a depuis longtemps dépassé le seuil du supportable.
Par rapport à l’année précédente, le taux de logements vacants a diminué de 1,00 à 0,93 %. Au 1er juin 2026, la Suisse comptait au total 45'493 logements vacants, dont 34'690 logements en location. Depuis longtemps déjà, la pénurie ne touche plus seulement les centres-villes, mais également de nombreuses agglomérations et régions touristiques. De plus, le taux de logements vacants ne permet pas de savoir si les logements disponibles sont abordables pour la population. Pourtant c’est là que réside le problème : il manque drastiquement de logements pour les personnes aux revenus faibles et moyens.
Construire davantage ne règlera pas tous les maux
La construction de nouveaux logements ne conduit pas automatiquement à des loyers abordables. C’est ce que montre l’évolution observée entre 2016 et 2020 : au cours de cette période, le taux de logements vacants a augmenté de 1,30 % à 1,72 %, pour atteindre le niveau le plus élevé depuis vingt ans. Au 1er juin 2020, 78 832 logements étaient ainsi vacants. Pourtant, l’indice suisse des loyers a augmenté d’environ 3,4 %. Et ce, bien que le taux d’intérêt de référence soit passé de 1,75 % à 1,25 %. De nombreux loyers auraient ainsi dû baisser.
Les nouveaux logements sont trop chers
Un problème central : au lieu de construire des logements à prix abordables, la construction se concentre majoritairement dans le segment haut de gamme. Les données 2025 de la société lausannoise Lookmove révèlent d’importants écarts entre les loyers proposés dans les immeubles existants et ceux des nouvelles constructions dans plus d’une centaine de communes suisses. À Baar (ZG), le loyer mensuel moyen proposé dans les immeubles existants s’élève à 2 701 francs, contre plus de 4 800 francs pour les nouvelles constructions. À Arlesheim (BL), Opfikon (ZH) et Pratteln (BL), les loyers moyens proposés dans les constructions neuves sont de 65 à 71 % supérieurs à ceux des immeubles existants. À Genève, Carouge (GE) et Ecublens (VD), la différence dépasse 50 %. [1]
Les logements abordables, eux, se font toujours plus rares. Selon une analyse de Wüest Partner, l’offre de logements abordables a diminué de moitié en trois ans, tandis que l’offre dans le segment haut de gamme a augmenté.[2] Des logements sont donc bel et bien construits, mais ils ne répondent pas aux besoins de la population et sont trop chers.
Les investisseurs institutionnels font grimper les prix
Les loyers explosent et la structure de propriété des logements locatifs a fortement évolué. Entre 2000 et 2023, la part des propriétaires institutionnels, tels que les caisses de pension, les compagnies d’assurance et les sociétés immobilières, est passée d’environ 31 % à 44 %. Ils évincent ainsi du marché les maîtres d’ouvrage d'utilité publique et les particuliers. Une part croissante du parc locatif est gérée par des acteurs professionnels axés sur la rentabilité. De plus en plus de capitaux d’investissement recherchent des rendements sur le marché immobilier suisse. Cela accroît la pression sur l’immobilier, et, en fin de compte, sur les loyers.
L’ASLOCA suisse réclame donc de s’éloigner des loyers de marché dictés par la recherche de profit. Il est nécessaire d’appliquer rigoureusement le principe inscrit dans la loi du loyer fondé sur les coûts. Cela passe par l’introduction d’un contrôle régulier et automatique des loyers, comme le prévoit notre initiative sur les loyers. Il faut par ailleurs développer considérablement la construction de logements d’utilité publique. C’est la seule façon de créer suffisamment de logements répondant aux besoins de la population.