Près de 35 000 locataires de toute la Suisse ont participé à un sondage sur le logement réalisé par l’institut de recherche Sotomo. La situation est critique.
Le sondage sur le logement réalisé par l’institut de recherche Sotomo constitue la deuxième enquête de cette ampleur, après celle menée en 2021. L’objectif est clair: comprendre les préoccupations des locataires afin de pouvoir défendre au mieux leurs droits. Ils ont été près de 35 000 locataires de toute la Suisse à y participer.
Se loger: un parcours du combattant
Le poids du loyer dans le budget des ménages reste extrêmement élevé. Environ 40% des locataires consacrent plus de 30% de leur revenu au paiement du loyer, un seuil largement considéré comme problématique et associé à un risque de précarité. Trouver un logement abordable reste une épreuve: 72% des locataires interrogés jugent la recherche de leur dernier logement difficile, voire très difficile. Contrairement aux idées reçues, cette situation ne touche plus seulement les grandes villes, mais toutes les régions, y compris les cantons ruraux ou périphériques comme le Valais et le Jura. Les problèmes ne s’arrêtent pas une fois un contrat signé. Près de 70% des personnes interrogées indiquent avoir rencontré des problèmes avec leur bailleur. L’insécurité ressentie par les locataires augmente également. En 2026, 23% d’entre eux déclarent craindre de perdre leur logement, soit 6% de plus qu’en 2021. Dans 53% des cas, les locataires redoutent un congé en raison de travaux. Dans le contexte actuel, marqué par certaines opérations immobilières visant à rénover des immeubles pour augmenter les loyers, cette crainte est loin d’être infondée.
Des locataires réticents à agir
Face à ces nombreuses difficultés, beaucoup de locataires craignent de détériorer leurs relations avec leur bailleur, ou ne connaissent pas suffisamment leurs droits. Ainsi, presque la moitié des personnes interrogées n’ont pas réagi après les dernières baisses du taux de référence hypothécaire, alors qu’elles auraient pu probablement demander une réduction de leur loyer. La contestation du loyer initial reste rare: seuls 5% des locataires entreprennent cette démarche, alors même qu’elle est souvent couronnée de succès.
Une demande claire de régulation
Face à cette situation, les locataires expriment des attentes très claires. 86% des personnes interrogées se prononcent en faveur d’un contrôle des loyers. Elles sont 88% à souhaiter que les baisses du taux de référence soient automatiquement répercutées sur les loyers. Enfin, 85% demandent la construction de davantage de logements abordables. Les locataires ne veulent plus que la défense de leurs droits repose uniquement sur leurs épaules. Ils demandent un meilleur équilibre entre locataires et bailleurs,
avec un rôle plus actif des pouvoirs publics.
L’ASLOCA attendue au front
Les sondés expriment également des attentes précises envers l’ASLOCA. Dans un contexte marqué par des résiliations massives de baux au motif de travaux d’assainissement ou de rénovation, 44% souhaitent que l’ASLOCA organise des actions de soutien juridique pour les locataires concernés. 42% attendent une représentation
de leurs intérêts sur le plan politique.
Pour un contrôle automatique des loyers
Pour conclure, le constat reste alarmant: les loyers explosent, la politique reste trop souvent spectatrice, et de nombreux locataires hésitent à se défendre par peur des conséquences. Dans ce contexte, renforcer la protection des locataires et instaurer un véritable contrôle des loyers n’est plus une option, c’est une nécessité.
Pauline Crettol
Secrétaire générale adjointe
ASLOCA Suisse