Le 1er janvier, alors que la jeunesse célébrait l’entrée dans la nouvelle année, un incendie d’une extrême violence ravageait l’établissement public Le Constellation, à Crans-Montana. Le bilan est tragique: 41 personnes ont perdu la vie et plus de 100 ont été blessées, dont plusieurs très grièvement brûlées. Des vies fauchées, des familles brisées et une société suisse durablement marquée. L’ASLOCA exprime sa profonde solidarité avec les victimes et leurs proches, ainsi que ses plus sincères condoléances aux familles endeuillées.
Ce drame est d’autant plus insupportable qu’il n’a rien d’une fatalité. Les normes de sécurité incendie existent en Suisse. Les contrôles de leur respect sont prescrits par la loi. Lorsqu’ils sont appliqués avec rigueur, ces mécanismes permettent d’identifier les éléments non conformes, d’imposer des mises aux normes, voire de fermer des locaux dangereux. La prévention fonctionne — à condition que les règles soient respectées et contrôlées.
L’histoire récente montre pourtant que la vigilance fait trop souvent défaut. Les incendies meurtriers dans des lieux recevant du public ont endeuillé l’Europe à plusieurs reprises. Ces drames auraient dû conduire propriétaires et autorités à une vigilance accrue. Force est de constater qu’à Crans-Montana cette attention a cruellement manqué. Plus préoccupant encore, il a fallu cette catastrophe du jour de l’An pour que certains exploitants suisses procèdent enfin à des vérifications élémentaires dans leurs installations et issues de secours. Mais aussi pour que plusieurs cantons réagissent (dans l’urgence), en interdisant notamment la pyrotechnie dans les lieux fermés et en réactivant des contrôles qui auraient dû être permanents. Ces exigences de sécurité ne concernent pas uniquement les établissements publics. Elles s’imposent tout autant aux immeubles d’habitation. L’incendie d’une tour résidentielle à Hong Kong, en novembre dernier, qui a causé la mort de 168 personnes, nous le rappelle tragiquement. Certes, il est tentant de considérer qu’un tel drame est lointain et lié à des normes ou à des pratiques différentes. Mais les incendies survenus en Suisse ces dernières années – dans des immeubles ou des appartements – démontrent que le risque est bien réel chez nous aussi. Là encore, des vies humaines sont perdues. Ces événements révèlent également des défaillances dans le contrôle du respect des normes incendie, y compris dans le secteur du logement. Quelques tristes exemples. En juillet 2024, un incendie dans un immeuble d’habitation de Bulle a fait deux morts. Le 16 novembre 2014, l’incendie du foyer de réfugiés des Tattes, à Vernier, a coûté la vie à un jeune homme. En décembre 2025, un appartement situé au dernier étage d’un immeuble de Meyrin a été ravagé par les flammes, mettant gravement en danger les habitants. À chaque fois, des vies ont été perdues ou mises en péril.
La récente mise en accusation d’un chargé de sécurité pour n’avoir pas procédé aux contrôles requis dans un immeuble qui a subi un incendie en 2022 illustre de manière inquiétante que la mise en oeuvre des contrôles des immeubles d’habitation est un enjeu important. Lorsque les contrôles ne sont pas effectués, ce sont les locataires qui paient le prix fort.
Pour l’ASLOCA, le message est clair: la sécurité incendie est une obligation légale et morale. Les propriétaires d’immeubles doivent respecter strictement les normes en vigueur et entreprendre sans délai les travaux nécessaires. Les autorités ont l’obligation d’exercer pleinement leur mission de contrôle, avec rigueur, régularité et sans aucun passe-droit. Il en va de la sécurité, de la dignité et de la vie des locataires. Les locataires ont également un rôle à jouer. Signaler immédiatement les défauts constatés dans leur logement ou dans les parties communes – issues de secours obstruées, installations défectueuses, absence de dispositifs de sécurité – contribue à prévenir les drames. Cette vigilance partagée relève d’une solidarité indispensable. La sécurité incendie ne peut être traitée comme une variable secondaire. Elle constitue une exigence
vitale, au coeur du droit à un logement sûr.
Carlo Sommaruga
Président
ASLOCA Suisse