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Des centaines de locataires de la Jonction ont reçu une lettre annonçant la fi n de leur bail. Le propriétaire, une caisse de pension bâloise, n’a qu’un but: plus de rendement.

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Le slogan trumpien «drill, baby, drill» caractérise parfaitement la politique de la finance à l’égard du marché immobilier. L’année 2025 a été celle de tous les records. Le principal indice boursier immobilier (SXI-Index) a été en hausse de plus de 23,3% par rapport 2024, tandis que les rendements des fonds immobiliers ont crevé le plafond avec 10,6% (SWIIT). Plus de 9 milliards de francs supplémentaires ont été levés par la finance. Pourtant, l’aggravation de la pénurie de logements est annoncée pour 2026. Alors où va l’argent? L’affaire de quelque cent locataires congédiés aux allées 35 à 43 boulevard Carl-Vogt, dans le quartier de la Jonction, donne la réponse: dans la spéculation. La logique consiste à placer un maximum d’argent en achetant des immeubles locatifs à des prix de plus en plus élevés. Si le rendement diminue temporairement, et que les loyers ne sont pas simplement augmentés drastiquement, le nouveau propriétaire se refait en congédiant les locataires puis en relouant très cher. Les cinq immeubles de ce boulevard avaient été acheté 9,4 millions en 1999 et revendus 128,5 millions en 2020. Le nouveau propriétaire vient de résilier les baux de la centaine de locataires qui y vivent, certains depuis des décennies.

Résilier et relouer
L’idéal pour ces bailleurs consiste à résilier les baux des locataires en place, puis de relouer très cher. Le meilleur moyen de justifier ces congés est d’invoquer le besoin de réaliser des travaux et que ceux-ci exigent le départ des locataires. Prétexter des travaux permet aussi de tenter de légitimer la spéculation par le climat. Lorsqu’il s’agit d’une caisse de pension, le propriétaire prétend aussi agir ainsi pour servir des rentes. Un argument repris par le Tribunal fédéral pour justifier la hausse du taux de rendement!. C’est évidemment faux. Les caisses de pension peuvent remplir leur mission sans se livrer à une spéculation sauvage. Leur marge de manoeuvre est d’autant plus importante qu’elles ne sont pas imposables.

Les congés exceptionnels
Les congés donnés à Carl-Vogt sont exceptionnels. Une centaine de logements et de locaux commerciaux sont concernés, en une seule fois! Une telle éviction de masse est
une première à Genève. Elle constitue une rupture avec le cadre genevois fondé sur la principale loi genevoise de défense des locataires (LDTR). Les travaux doivent être effectués sauf exception sans résiliation de bail. Un bon phasage du chantier et des rocades permettent aisément d’y parvenir, comme le prouvent d’innombrables rénovations menées dans ce canton. Il est impensable que la régie Naef – véritable institution dans l’immobilier genevois – qui agit pour cette caisse de pension ignore qu’elle bafoue un fondement de la protection des locataires dans un contexte de grave pénurie. Carl-Vogt est à l’évidence un coup de force. Cela appelle un clair refus de l’Etat et des communes concernées.

Appel à la mobilisation
La Ville de Genève s’est déjà engagée contre le projet de démolition-reconstruction de la Zurich Assurance à la place des Augustins. La magistrate responsable des constructions et de l’aménagement du territoire, Marjorie de Chastonay, a aussi apporté un soutien clair aux habitant·e·s du boulevard Carl-Vogt. Cette attaque menace l’ensemble des locataires. Que se passerait-il si ce propriétaire parvenait à ses fins? D’autres propriétaires lui emboîteraient le pas à leur tour. Cette spéculation a causé l’expulsion de milliers de personnes à Zurich. Elle menace plusieurs dizaines de milliers de locataires dans cette seule ville. Gagner cette bataille est primordial.
L’ASLOCA appelle toutes et tous les locataires à manifester leur soutien à cette mobilisation. Elle informera régulièrement ses adhérent·e·s des actions qui vont s’organiser.

Christian Dandrès
Avocat-conseil
ASLOCA Genève

17 février 2026
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