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Un pays de locataires en pleine crise des loyers

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Aujourd’hui, le 5 octobre, a lieu la Journée internationale des locataires. Dans aucun autre pays d’Europe, la proportion de personnes vivant en location n’est aussi élevée qu’en Suisse. La charge locative atteint des sommets sans précédent. En vingt ans, les loyers ont augmenté de 32 %. La dernière enquête Sotomo le confirme : 79 % des locataires jugent la situation sur le marché du logement préoccupante. Cela ne peut plus durer. Pourtant, le Conseil fédéral veut aggraver la crise des loyers. Avec son contre-projet à l’initiative sur les loyers, les loyers augmenteraient encore davantage. La résistance est forte. En une semaine seulement, plus de 92 000 personnes ont signé l’appel urgent adressé au Conseil fédéral. À l’occasion de la Journée internationale des locataires, l’Association suisse des locataires (ASLOCA) se dit préoccupée par la situation en Suisse et appelle les responsables politiques à lutter contre l’explosion des loyers.

À l’occasion de la Journée internationale des locataires, l’ASLOCA a constitué un dossier qui présente les principales conclusions et les chiffres actuels concernant la situation des locataires en Suisse.

La Suisse affiche le taux de locataires le plus élevé d’Europe

64 % des logements en Suisse sont des logements locatifs, ce qui signifie que deux tiers des ménages sont des ménages locataires.[1] Viennent ensuite l’Allemagne avec 55 %, puis le Danemark avec 47 % et l’Autriche avec 44 %.[2] À l’autre bout du classement se trouvent les pays d’Europe de l’Est. En Slovaquie et en Roumanie, environ 93 % des ménages vivaient en 2024 dans leur propre logement. Aucun autre pays d’Europe ne compte une proportion de locataires aussi élevée que la Suisse. Mais les locataires suisses paient chaque année davantage. L’indice des loyers de l’Office fédéral de la statistique a augmenté de 32,1 % entre 2005 et 2025. Au cours de la même période, les taux hypothécaires ont atteint un niveau historiquement bas, le taux d'intérêt de référence s’établissant aujourd’hui à 1,25 %. Les loyers étant légalement indexés sur ce taux, beaucoup d’entre eux auraient dû baisser. En réalité, ils ont continué à augmenter fortement.

Ce sont les revenus faibles et moyens qui en souffrent le plus. Les ménages dont le revenu brut ne dépasse pas 4 000 francs consacrent 37,8 % de celui-ci au logement. Pour ceux dont le revenu se situe entre 4 000 et 6 000 francs, la part s’élève à 26,5 %. Selon l’OCDE, en Suisse, un ménage locataire à faibles revenus sur deux, sur le marché libre, consacre plus de 40 % de son revenu disponible au seul paiement du loyer. Avec un taux supérieur à 50 %, la Suisse figure parmi les huit pays de l’OCDE où la charge locative est la plus élevée.

Les logements abordables disparaissent

Il est toujours plus difficile de trouver un logement abordable. Depuis 2020, la part des logements mis en location à un loyer mensuel inférieur à 1 500 francs a reculé de 39 %. Les démolitions-reconstructions accentuent encore cette pénurie. Chaque nouvelle construction de remplacement entraîne la disparition de logements abordables. De plus, le taux de logements vacants est tombé à 0,93 %, passant pour la première fois depuis 2013 sous la barre des 1 %. La pénurie de logements touche depuis également les agglomérations.
Mais construire davantage ne suffit pas à faire baisser les loyers, comme l’ont montré les années 2016 à 2020. Le taux de logements vacants avait alors atteint 1,72 %, son niveau le plus élevé depuis plus de vingt ans. Malgré cela, l’indice des loyers a progressé de 3,4 %, alors même que le taux d’intérêt de référence reculait de 1,75 % à 1,25 %. La construction se concentre principalement sur les segments de prix les plus élevés. Les personnes disposant d’un revenu moyen peinent à accéder à des logements abordables.

Les sociétés d’investissement rachètent les logements locatifs

En 2000, 57,3 % des logements loués appartenaient à des particuliers ; en 2024, ce chiffre n’était plus que de 43,2 %. La part des sociétés d’investissement a quant à elle augmenté au cours de la même période, passant de 28,7 % à 44,4 %. La raison de cet engouement pour le marché immobilier suisse est simple : les biens immobiliers génèrent des rendements qu’il est difficile d’obtenir ailleurs. Les actions immobilières cotées ont enregistré un rendement total de 12,9 % au cours des douze mois précédant le 21 mai 2026 (« The Market » de la NZZ, 26 mai 2026).

Quatre locataires sur cinq se disent préoccupé·es

Selon un sondage réalisé par Sotomo pour le compte de l’Office fédéral du logement en 2026, 79 % des locataires se disent préoccupés par la situation du marché du logement dans leur commune de résidence.

À l’occasion de la Journée internationale des locataires, l’ASLOCA réclame :

  • L’application du loyer basé sur les coûts. Le droit du bail interdit les rendements excessifs, mais de nombreux bailleurs ne s’y conforment pas. Les loyers abusifs doivent baisser. L’initiative sur les loyers exige l’introduction d’un contrôle automatique et régulier des loyers. 
  • La restriction de l’arrivé de capitaux financiers étrangers grâce à une « Lex Koller » renforcée. La libéralisation a inondé le marché suisse du logement de milliards de capitaux d'investissement. Ce sont les locataires qui en font les frais.
  • Construire davantage de logements d’utilité publique. Leur part stagne depuis des années, alors que leurs loyers sont systématiquement inférieurs à ceux du marché libre.
  • Le logement est un besoin fondamental et devrait être garanti à toutes et tous, y compris à un prix abordable.

 

[1] OFS, Conditions de logement 2021, ménages locataires et coopératifs.
[2] OCDE, base de données sur le logement abordable, indicateur HM1.3 « Housing tenures », sur la base de l’EU-SILC, données de 2024.
5 octobre 2026
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